HABITAT
Sortir de l'alternative domicile ou EHPAD
Entre le domicile historique et l'établissement médicalisé, il existe une offre intermédiaire peu connue et sous-dimensionnée. Un rapport d'inspection propose de la doubler en quinze ans.

La mission
Par lettre du 19 mai 2025, trois ministres ont saisi l'IGAS et l'IGEDD d'une évaluation sur les formes d'habitat adapté au vieillissement et au handicap. La mission a été confiée début juillet 2025 à Philippe Caillon et Isabelle Rougier pour l'IGAS, et Louis Moreau de Saint-Martin pour l'IGEDD. Le rapport a été remis aux ministres en mai 2026.
L'état du parc
L'habitat partagé compte environ 236 000 logements, répartis en trois catégories : environ 112 000 places en résidence autonomie, plus de 119 000 en résidence services seniors, et seulement 4 700 logements en habitat inclusif.
À comparer aux quelque 600 000 places en EHPAD et unités de soins de longue durée. L'offre intermédiaire pèse donc moins que l'offre médicalisée, alors même que la doctrine publique privilégie le maintien à domicile depuis plus de dix ans.
Le rapport relève un paradoxe : le modèle des résidences autonomie, érigé en priorité publique, recule dans les faits.
Le scénario cible
La mission propose de dépasser 400 000 places d'habitat partagé à l'horizon 2040, soit un quasi-doublement du parc, dont 120 000 places supplémentaires en résidence autonomie, ce qui suppose de multiplier par cinq le rythme actuel de création.
Ce scénario s'accompagne de la création de 48 000 places d'EHPAD, recentrés sur les GIR les plus lourds et appelés à être rebaptisés « Maisons France Autonomie ».
Le coût
L'investissement hors places d'EHPAD est estimé à environ 1,8 milliard d'euros sur la période 2027-2040, soit une moyenne annuelle de 130 millions. En fonctionnement, le besoin supplémentaire atteindrait environ 950 millions d'euros par an à l'horizon 2040, tous financeurs confondus.
La mission souligne que ces montants restent très inférieurs à ce qu'aurait coûté un modèle reposant sur le tout EHPAD.
La suite
Le gouvernement a engagé la construction d'une feuille de route s'appuyant sur ces recommandations, avec des fonds mobilisés par la CNSA dès 2026. En parallèle, l'objectif d'adaptation des logements est fixé à 41 000 logements en 2026 pour 248 millions d'euros, après 36 000 logements adaptés en 2025 pour 220 millions.
L'enjeu de fond
Le rapport rappelle l'ordre de grandeur qui commande tout le reste : le nombre de personnes âgées en perte d'autonomie devrait atteindre près de 2,8 millions vers 2050, soit environ 700 000 personnes supplémentaires par rapport à 2021, avec de fortes disparités selon les départements. La mission propose à cet effet un outil de simulation des besoins territoriaux.